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Armoiries du Cambodge Pièces de monnaie du Cambodge

Le riel cambodgien (KHR), monnaie officielle du Royaume du Cambodge, est l'une des devises les plus singulières d'Asie du Sud-Est : deux fois aboli et deux fois rétabli, il porte en lui les cicatrices de l'histoire tragique du pays. Émis par la Banque nationale du Cambodge, il coexiste aujourd'hui avec le dollar américain, massivement utilisé dans l'économie quotidienne. Les pièces cambodgiennes — des sen de l'époque du Sangkum aux riels de la monarchie restaurée — retracent un parcours exceptionnel : grandeur angkorienne, colonisation française, indépendance, guerre civile, génocide des Khmers rouges (qui abolirent la monnaie en 1975) et renaissance depuis 1993. Les commémoratives en argent et or, aux motifs d'Angkor Vat et de la faune menacée, sont très prisées des collectionneurs.

Chronologie des pièces de monnaie du Cambodge
IXe – XVe s.
Empire khmer d'Angkor : troc et premières monnaies
À son apogée (IXe-XIIIe s.), l'Empire khmer d'Angkor est l'une des plus grandes civilisations d'Asie. Paradoxalement, son économie repose davantage sur le troc et les échanges en nature (riz, tissu, cire) que sur une monnaie métallique frappée. Des lingots d'argent et des pièces étrangères (chinoises, indiennes) circulent pour le grand commerce, mais aucune frappe proprement angkorienne n'est attestée. L'effondrement d'Angkor (XVe s.) et le déplacement de la capitale vers Phnom Penh précèdent l'ère des échanges commerciaux avec la Chine et le Siam.
XVIe – XIXe s.
Royaumes post-angkoriens : tical, pe et sapèques
Les royaumes khmers post-angkoriens adoptent le tical en argent (équivalent du baht thaï) et le pe en cuivre pour les petites transactions, sous forte influence siamoise et vietnamienne. Des sapèques en zinc ou étain imitées de Chine complètent la circulation. Ces pièces rudimentaires, souvent irrégulières, témoignent d'un royaume affaibli, ballotté entre les influences de Bangkok et de Huế. Le protectorat français (1863) va progressivement normaliser la circulation monétaire.
1863–1953
Protectorat français : piastre indochinoise et centimes
Sous protectorat puis colonie française, le Cambodge adopte la piastre de l'Indochine française, émise par la Banque de l'Indochine. Les pièces — centimes en bronze et zinc, piastres en argent — portent la figure de la République française et la mention « Indochine française », sans identité cambodgienne propre. L'occupation japonaise (1941-1945) impose brièvement des émissions militaires. Après la guerre, des pièces en aluminium (5, 10, 20 centimes) sont frappées pour l'Indochine jusqu'à l'indépendance.
1953–1970
Indépendance et Sangkum : premières pièces en riels
L'indépendance (1953) sous le roi Norodom Sihanouk donne naissance aux premières pièces proprement cambodgiennes. La Banque nationale du Cambodge émet des sen (10, 20, 50 sen) et des riels (1 riel) en aluminium, ornés de la tour d'Angkor Vat et du portrait royal. Ces premières frappes nationales, sobres et élégantes, reflètent l'optimisme de la période Sangkum (1955-1970) et l'affirmation d'une identité nationale fondée sur l'héritage angkorien.
1970–1975
République khmère : dernières pièces avant l'abolition
Le coup d'État de Lon Nol (1970) proclame la République khmère. De nouvelles pièces sont émises (1, 5, 10 riels) aux motifs républicains, remplaçant les symboles monarchiques. La guerre civile et l'avancée des Khmers rouges désorganisent rapidement l'économie. En avril 1975, la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges marque un tournant radical : la monnaie est abolie, les banques dynamitées et toute circulation monétaire supprimée — un acte sans précédent dans l'histoire mondiale.
1975–1993
Khmers rouges et République populaire : abolition puis renaissance
Durant le régime de Pol Pot (1975-1979), la monnaie n'existe pas : le Kampuchéa démocratique fonctionne sur le travail forcé et la réquisition. Après l'invasion vietnamienne (1979), la République populaire du Kampuchéa réintroduit le riel (1980) avec de nouvelles pièces en aluminium (5, 10, 20, 50 sen). Ces émissions post-génocide, frappées dans un pays dévasté, sont aujourd'hui des témoignages historiques rares très recherchés des collectionneurs spécialisés.
Depuis 1993
Monarchie restaurée : riels courants et commémoratives de prestige
La restauration de la monarchie constitutionnelle (1993) sous Norodom Sihanouk puis Norodom Sihamoni relance les émissions monétaires avec des pièces de 50, 100, 200, 500 riels en acier inoxydable, aux motifs d'Angkor Vat, du Palais royal et du portrait royal. En parallèle, des séries commémoratives en argent et or de haute qualité célèbrent la faune menacée du Mékong (dauphin de l'Irrawaddy, tigre indochinois), les temples khmers et les 50 ans de l'indépendance. Le dollar américain reste dominant dans les transactions quotidiennes, le riel servant surtout pour les petites coupures.
Le saviez-vous ? Le Cambodge est l'un des rares pays au monde à avoir volontairement aboli sa propre monnaie. En avril 1975, les Khmers rouges de Pol Pot ont dynamité la Banque nationale de Phnom Penh, détruit tous les billets et pièces en circulation et supprimé toute forme de monnaie pendant quatre ans — la mise en œuvre la plus radicale d'une économie sans argent de l'histoire moderne. Lors de la réintroduction du riel en 1980, il fallut littéralement réapprendre à une population entière le fonctionnement d'une économie monétaire.
Mis à jour le 17/03/2026
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